Après 2 ans d’absence pour cause de crise sanitaire, 2022 marque le grand retour de la Pride des Banlieues. Un événement qui a pour but de faire entendre les voix et les revendications des « personnes queers des quartiers populaires ». Rencontre avec l’association organisatrice de l’événement.

La Pride des Banlieues organise cette année sa 2è édition. Pouvez-vous revenir sur l’origine de cet événement et les raisons de sa création ? En 2018, au sein de l’association Saint-Denis Ville au Coeur nous souhaitions intervenir dans des collèges de Seine-Saint-Denis pour aborder la question des LGBT+phobies avec les élèves. Malheureusement, nous nous sommes vus adresser de multiples refus. Pour nous le constat était clair : il n’existait alors aucun espace de représentation des personnes queers de quartiers populaires.

Afin de faire entendre toutes ces voix, nous avons décidé d’organiser la Première Marche des Fiertés en Banlieues le 9 juin 2019 à Saint-Denis. Les neuf mois d’organisation ont été particulièrement intenses mais le succès a été impressionnant avec plus de 3000 participant·es et une couverture médiatique nationale. Nous avons pu déconstruire le soi-disant obscurantisme des quartiers populaires et montrer en force la capacité de mobilisation des personnes queers de banlieues et leur détermination à faire advenir un monde libéré des oppressions systémiques.

Quelles sont vos attentes sur cette 2è édition ? Quel est le message que vous souhaitez faire passer et les valeurs que vous défendez ? Pour nous cette deuxième édition a pour objectif d’inscrire le mouvement dans la durée. Si nous parvenons à rassembler entre 5 et 10 mille manifestants, nous pourrons établir un rapport de force et nous faire entendre. Nous pourrons, par exemple, rassembler autour de notre revendication principale qui porte sur les questions de logements et d’hébergement.

Nous revendiquons, cette année, la création de 10 000 nouvelles places d’hébergement d’urgence en Seine-Saint Denis, soit le nombre de demandes en personnes différentes n’ayant pas été pourvues en 2020. Mais cette création de places, seule, ne permettra pas l’accueil de tous·tes, pour que le public LGBTQI+ puisse en bénéficier, il faut qu’ils s’y sentent accepté, écouté et en sécurité. Nous réclamons donc que tous les personnels soient formé·es à l’accueil des personnes LGBTQI+. Nous revendiquons, enfin, l’accompagnement vers un logement pérenne de tous·tes les bénéficiaires de l’hébergement d’urgence.

Comment décririez-vous le quotidien d’une personne LGBT en banlieue en 2022. Quels sont les stéréotypes et problèmes spécifiques dont elle est victime ? Quels sont ses besoins aujourd’hui ? Il n’existe pas une banlieue, mais des banlieues. Nous luttons pour la dignité humaine et cela spécifiquement pour les habitant.es des quartiers populaires. Les médias généralistes ou spécialisés, mais aussi les politiques, utilisent les luttes LGBTQIA+ pour stigmatiser nos quartiers et mener des politiques racistes. Les banlieues sont ainsi régulièrement accusées d’être des “zones de non-droit” pour les personnes LGBTQIA+, qui y subiraient soi-disant beaucoup plus de violences qu’ailleurs. Or, si les personnes LGBTQIA+ y subissent des LGBTphobies comme partout ailleurs, elles sont aussi victimes de racisme et de violences institutionnelles. Les personnes connaissent de multiples discriminations, qui peuvent se renforcer mutuellement et entraver gravement le quotidien. Plus globalement, ce sont aussi des vécus qui ne sont pas visibles et/ou auxquels on porte de nombreux stéréotypes. Quand on n’est pas exclu, nous sommes fétichisés. 
Les besoins sont nombreux ! Nous l’avons dit, l’hébergement et le logement constituent notre priorité cette année, mais nos revendications ne peuvent s’arrêter là. En effet, pour lutter contre les stéréotypes, Nous souhaitons la création de récits de vie alternatifs des queers de quartiers populaires. Nous voulons donc des investissements et soutiens massifs pour la diffusion de productions artistiques, de témoignages ou encore de textes académiques. Plus globalement, nous manquons de moyens pour développer des prises en charge adaptées, qui prennent en compte les réalités psychosociales des personnes LGBTQIA+ et cela dans tous les services publics.

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