Ecrit et dirigé par la réalisatrice Uyaiedu Ikpe-Etim, le premier film lesbien nigérian raconte comment Ifé et Adaora deux jeunes femmes nigérianes tombent amoureuses après un rendez-vous de trois jours.

Produire un film lesbien au Nigeria (Ifé, signifie Amour en langue Yoruba), est un acte de militantisme fort dans le pays qui criminalise les relations homosexuelles par une peine pouvant aller jusqu’à 14 ans d’emprisonnement. En juillet dernier, le Nigerian Film and Video Censors Board (NFVCB) avait prévenu Pamela Adie, la productrice de Ifé, qu’il attendait avec « impatience » la demande de visa d’exploitation du film afin de pouvoir le censurer, en faisant directement référence aux articles 214 et 217 du Code pénal qui criminalisent l’homosexualité au Nigeria. Adedayo Thomas, le directeur exécutif du Nigeria’s National Film and Video Censors Board avait accordé une interview à CNN dans laquelle il expliquait « surveiller les scènes du film » car, « si elles vont à l’encontre de la loi en faisant la promotion de l’homosexualité, nous serons obligés de prendre des mesures contre les producteurs et producteurs exécutifs ».

Consciente que le film ne pourrait pas être diffusé dans son pays, Pamela Adie, la productrice du film, a délibérément choisi de le diffuser en ligne afin «que quiconque souhaite le voir puisse le faire de n’importe où dans le monde« . Elle a confié à Reuters combien l’accueil de l’affiche et de la bande-annonce avait été ‘hallucinant‘ et de poursuivre :  » j’imagine que ce sera plus fou encore une fois que le film dans sa totalité sera disponible ». Pour la militante, la relation entre ces deux femmes « n’a rien d’une exception. C’est d’ailleurs même plutôt courant et c’est la raison pour laquelle nous voulions raconter cette histoire ».

Alors qu’en 2019, une étude réalisée par Initiative for Equal Rights (TIERS) a montré que plus de 75% des Nigérians soutenaient le durcissement des lois contre les relations entre personnes de même sexe, la productrice qui croit fermement que les médias peuvent permettre une ouverture des mentalités dans le pays a expliqué que sa volonté première en créant cette première histoire d’amour lesbienne nigériane était d’aider les femmes à mieux assumer leur homosexualité.

L’occasion de (re)découvrir l’interview que nous avait accordée Pamela Adie en début d’année et dans laquelle elle revenait sur son coming out et les raisons qui l’ont poussée à être visible et raconter son histoire.

Parce que c’est un combat de tous les jours de faire exister durablement un magazine 100% lesbien et que seul votre soutien financier est décisif pour la pérennité de votre magazine 100% indépendant, nous vous invitons dès aujourd’hui à vous abonner, à commander votre exemplaire papier des deux premiers hors-séries ou encore à vous faire plaisir dans la boutique de Jeanne !