La première édition du FAME, Festival where Arts Meet Empowerment, se tiendra du 19 au 24 septembre à Bruxelles. Cet évènement festif et culturel organisé dans différents lieux de la capitale belge (Riches-Claires, Tour à Plomb, KVS, Montagne magique…) a vocation à faire dialoguer les arts et les féminismes via des spectacles créés en majorité par des artistes femmes et issu·es des minorités de genre. Rencontre avec l’équipe organisatrice de l’événement.

Pouvez-vous nous présenter l’équipe à l’origine de FAME ? Le projet du festival est à l’origine une initiative de l’échevine de la Culture de la Ville de Bruxelles, Delphine Houba, qui a fait une de ses priorités d’encourager l’égalité hommes/femmes dans le champ de la Culture dans la ville de Bruxelles. Le festival a été créé en collaboration avec le théâtre de Riches-Claires, dans lequel le festival est hébergé.
Depuis, ce projet de festival est devenu le FAME, acronyme pour Festival where Arts Meet Empowerment et c’est une équipe à part entière qui s’occupe exclusivement du festival. Aujourd’hui, derrière FAME il y a neuf personnes qui travaillent activement.
Camille Khoury est la directrice artistique et a rejoint le FAME en septembre 2021, avant même que celui-ci ait un nom. Elle a vite été rejointe par Laëtitia Miranda-Néri en production et ce sont elles qui ont conçu le projet tel qu’il est aujourd’hui. Elles ont déterminé la ligne artistique, la programmation, et créé les premiers partenariats. Ces longs mois à avancer à tâtons ont abouti à la création de nouveaux postes, le festival devenant de plus en plus concret. Entre mars et juin 2022, l’équipe s’est agrandie grâce à Dorothé Dassy (administration et gestion financière) ; Effir Libilbéhéty (chargé·e de communication et de la presse) ; Aliette Griz et Nouche Lits (chargé·es des dispositifs de rencontre) ; Joëlle Reyns (directrice technique) ; et finalement Réianne Ismaili et Louise Calvo (stagiaires multitâches). Nous sommes tous·tes animé·es par des valeurs communes : celles de la militance, de l’amour de l’art, et de la croyance profonde que l’on peut faire changer tout un monde.
Ainsi, même si notre équipe est indépendante, nous travaillons main dans la main avec celle des Riches-Claires. Iels nous ont accueilli·es les bras grands ouverts et font preuve d’une bienveillance sans fin face aux défis auxquels nous faisons face. Il n’est pas toujours facile de défendre des idéaux féministes ou queer, d’être lesbiennes ou trans, d’autant plus dans le monde du travail… Pourtant, nous avons toujours trouvé aux Riches-Claires des oreilles compréhensives et soutenantes.

Comment qualifieriez-vous l’objectif du festival ? Le festival a plusieurs objectifs : en premier lieu, contribuer à la visibilité du travail artistique des femmes et des personnes issues des minorités de genre. Mais montrer leur travail n’est pas le but en soi : il s’agit surtout de donner à voir, via la programmation, d’autres imaginaires du monde, d’autres récits, d’autres représentations, créées depuis les subjectivités de ces personnes.
C’est pourquoi les thèmes des spectacles ne sont pas exclusivement les femmes, le genre et le féminisme. Car nous ne souhaitons pas contraindre les femmes et les personnes issu·es des minorités de genre à ne parler que de leur vécu. En fait, iels ont tellement plus à offrir ! Et c’est ça que l’on veut permettre. Une compréhension du monde moins dans la norme, des questionnements qui transcendent ceux, étriqués, des multiples systèmes de domination.
Ainsi, c’est aussi un festival créé en féministe, et qui veut dialoguer avec les pensées féministes contemporaines pour donner à voir d’autres visions du monde.
D’autre part, il s’agissait aussi de ne pas isoler l’art de la pensée, de la fête, de l’activisme et de la vie : la programmation fait ainsi dialoguer des spectacles avec des conférences, des ateliers, des cartes blanches données à des collectif.ve.s militant.e.s de la ville. 

Pouvez-vous nous parler de la ligne directrice du festival et comment avez-vous choisi les artistes programmés ? En premier lieu, la ligne artistique du festival a été définie en fonction du paysage culturel bruxellois. Il existe déjà de nombreuses associations et événements qui visent à mettre en valeurs les artistes femmes, issu·es des minorités de genre ou LGBTQUIA+, notamment dans la musique (Les Volumineuses, Bru·X·elles, Une fois, Ladyfest) ; le cinéma (Elles tournent, Elles font des films, Pink Screens, etc.). Or, malgré les études statistiques qui montrent une faible représentation de ces groupes dans les arts de la scène, il n’existait pas à ce jour d’événement centré sur le spectacle vivant à Bruxelles visant à promouvoir le travail de ces personnes. 
FAME est donc un festival d’arts de la scène interdisciplinaire (théâtre, danse, cirque, performance, etc.) dans lequel sont programmées des oeuvres, créées en immense majorité par des femmes et personnes issu.e.s des minorités de genre, qui proposent d’autres imaginaires du monde, plus inclusifs et plus justes. 
Ensuite, nous nous sommes donné des contraintes fortes dans la programmation : prendre soin de panacher entre des artistes internationaux et vivant en Belgique, entre artistes confirmé·es et jeune création, entre artistes francophones et néerlandophones. 
L’autre contrainte que nous nous sommes mis·es est de prendre de soin de programmer des projets et des artistes qui offrent une pluralité de points de vue, et donc de rassembler des artistes d’âges, d’orientation sexuelle, d’identité de genre, d’identité ethnoculturelles et sociales différentes. Ensuite, chaque édition a une thématique. Pour cette première édition, dans la mesure où il s’agit de la première, et donc de l’ouverture du festival, la thématique est justement “Ouverture(s)”, au pluriel, car les thèmes des spectacles et activitées proposées pratiquent des ouvertures dans l’espace et le temps, dans la pluralité des corps, des âges, des subjectivités, des récits et des imaginaires.

Quels seront les temps forts de cette première édition ? Il est difficile de parler de temps forts pour ce festival, non pas par originalité rhétorique, mais parce que c’est un positionnement politique : la programmation et la communication ont été pensées ne pas créer de hiérarchie entre les artistes elleux-mêmes (entre confirmé.e.s et jeunes artistes par exemple, connu.e. ou moins connu.e.s), et entre les artistes et l’ensemble des autres personnes qui participent à ce festival pour animer des ateliers, donner des conférences, animer des cartes blanches etc. La programmation ne s’articule donc pas autour de temps forts (ce qui présupposerait qu’il y ait des temps faibles), mais dans un réseau de questions et de pensées. Les spectacles font écho à des conférences, qui font lien avec des ateliers, qui ramènent à des spectacles. Plutôt que de temps forts, donc, nous parlons de chemins qui permettent à tous·tes un·e chacun·e d’aborder le festival selon ses propres questionnements. Nous les avons agencé·es sous cinq sous-thèmes : Matrimoine ; Corps ; Systèmes d’exploitations (genrés, sociaux, coloniaux) ; Relation au vivant ; Queerness. Libre à chacun.e de de suivre la ou les pistes qui lui parlent le plus.

Plus d’infos sur famefestival.be

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