La première fois que j’ai entendu son nom, c’était en 2013. Brittney Griner venait de se lancer en WNBA – et devenait par la même occasion la seule joueuse de l’histoire à avoir dunké deux fois dans un match. Le genre d’événement qui oblige les médias à s’intéresser au sport féminin.

J’ai tout de suite voulu en savoir plus sur cette nouvelle star du basket, et mes recherches ne m’ont pas déçue. Deux pensées me sont immédiatement venues. Pensée numéro un ? Elle est lesbienne. Numéro deux : j’aime l’endroit où elle s’est fait tatouer ses étoiles nautiques.

Un modèle lesbien

Mon gouinedar avait raison. Brittney Griner s’était ouvertement déclarée lesbienne quelques mois avant ce premier match en WNBA. J’ai ensuite regardé une vidéo des GLAAD Awards 2013 où elle raconte son coming out pour encourager les jeunes queers à sortir du placard. Elle avait manifestement beaucoup d’humour – et une voix magnifique.

Si j’ai toujours préféré être sur le terrain que regarder des matchs, j’ai acheté un Pass WNBA pour voir Brittney Griner jouer cette première saison. Puis j’ai recommencé à me concentrer sur mes propres matchs et rapidement oublié le basket américain. Je n’ai pas suivi la carrière fulgurante de Brittney Griner. Je n’ai pas entendu parler de sa relation tumultueuse avec la joueuse Glory Johnson, ni de son mariage avec Cherelle Watson.

« Détention abusive » en Russie

Son nom a de nouveau retenu mon attention quand les médias ont révélé sa détention en Russie. Brittney Griner venait d’arriver à Moscou pour jouer pendant l’intersaison américaine. Pourquoi ça ? À cause du sexisme. Mot-clé : écart salarial. Aux États-Unis, les athlètes de la WNBA gagnent en moyenne 44 fois moins que leurs homologues masculins. Brittney Griner empoche quatre fois plus en Russie qu’aux États-Unis.

Le 17 février 2022, les douaniers russes auraient trouvé des cartouches de vapoteuse contenant de l’huile de cannabis dans les bagages de Brittney Griner. Depuis, elle est emprisonnée en Russie. Et sa femme se fait un sang d’encre. 

J’ignore si Brittney Griner était vraiment en possession de ces cartouches. J’ignore si elle est un pion politique dans le contexte tendu entre les États-Unis et la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine. J’ignore si les deux pays envisagent réellement un échange de prisonniers. Le fait est que l’administration Biden juge abusive la détention de Brittney Griner.

Une lesbienne américaine racisée dans une prison russe

Dans tous les cas, il faut rapatrier Brittney Griner dès maintenant. C’est une femme. Elle est américaine, racisée et lesbienne. Si la prison est toujours une chose inquiétante, elle l’est d’autant plus en Russie pour une femme queer noire étatsunienne dans le contexte politique actuel. Comment faire confiance à un régime qui commet chaque jour des crimes de guerre ? 

Il est grand temps que le président américain et la Maison-Blanche répondent à l’appel de Cherelle Griner qui les enjoint de rapatrier sa femme. Il est grand temps que les autorités russes libèrent cette incroyable athlète lesbienne et la laisse exercer sa vocation : jouer au basket.

Texte : Élie Chevillet, chroniqueuse et militante lesbienne française. Suivez Élie sur Instagram.

L’autrice est membre du conseil d’administration d’EL*C (EuroCentralAsian Lesbian* Community) qui a initialement publié ce texte en anglais.

Illustration : Nontira Kigle

Pétition pour rapatrier Brittney Griner aux États-Unis : https://www.change.org/p/secure-brittney-griner-s-swift-and-safe-return-to-the-u-s

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