Elles sont hétérosexuelles, elles aiment les hommes ; et un jour, sans qu’elles ne s’y attendent leur vie a basculé… Judith a trente-huit ans, Marina en a vingt-cinq, Mylène cinquante ans. Un passé d’hétéro tout ce qu’il y a de plus classique. Judith « j’étais mariée à un homme que j’aimais on a deux beaux enfants ensemble et puis un jour je l’ai rencontrée…et là tout a basculé ». Elles poursuivent leur train-train quotidien, métro boulot dodo. Elles sont en couples ou célibataires. Elles sont heureuses, épanouies, rien ne leur manque, et pourtant un jour… Mylène « c’était chez des amis. Apéro dinatoire. On devait être une petite dizaine. Et à vingt et une heure la sonnette a retenti. Je ne savais pas que ma pote attendait encore du monde. Et elle est rentrée. Elle s’appelle Céline. D’un coup mon cœur s’est arrêté de battre, j’ai frôlé la crise cardiaque ». Chez des amis, en boîte, à un concert ou autre ; un regard, un sourire, et elles se sont senties happées dans une spirale infernale. Elles ne comprennent pas pourquoi elles ressentent les papillons s’agiter en bas de leur ventre lorsqu’elles croisent le regard de cette personne. Une femme qui plus est.

Marina « je n’ai jamais été attirée par les femmes. J’ai un passé exclusivement hétéro. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour je tomberais amoureuse de Karine. Quand ça m’est arrivé j’ai eu l’impression de redécouvrir le monde ». Peu importe l’âge, quand l’amour doit se pointer il se pointe. Et c’est souvent lorsqu’on s’y attend le moins.

Ces femmes au passé exclusivement hétérosexuel ne s’attendent pas à tomber sous le charme d’une autre femme. Lorsque ça leur arrive c’est comme si une bombe nucléaire avait explosé dans leur univers. Tout est à la fois étrange et terriblement excitant. Au début les interrogations s’enchaînent « et si j’étais lesbienne ? » « Suis-je déçue par les hommes ? » « Qu’est-ce qu’il m’arrive, non ce n’est pas possible » … Puis cette femme au regard si intense revient hanter leur pensée à les rendre insomniaque. Certaines iront jusqu’au bout de leur désir, d’autres préfèreront étouffer cette pulsion en se disant « ça passera avec le temps ». Sauf que pour le coup, peu de chance que ce désir s’efface. Judith « j’ai essayé de lutter. J’en ai même parlé à mon conjoint de l’époque. Ça l’excitait presque de m’imaginer faire l’amour à une autre femme. Alors j’ai rejoint Tatiana, et je lui ai dit qu’elle me plaisait. Pour le coup mon conjoint a arrêté de fantasmer sur deux femmes ensemble, le jour où je l’ai quitté pour vivre une grande histoire avec Tatiana. Ça fait trois ans que notre amour dure ».

Lorsqu’elles parviennent à aller jusqu’au bout de leur désir, les femmes ne comprennent pas du tout ce qui leur arrive. Elles sont, pour certaines, prêtes à tout plaquer pour rejoindre celle qu’elles aiment. C’est le danger avec cette passion soudaine. On a tendance à ne pas trop réfléchir et à foncer tête baissée sans se soucier des conséquences. L’attraction est si forte, le désir si puissant. Elles vivent toutes une sorte de seconde adolescence. Marina « quand j’ai posé mes lèvres sur les siennes, j’avais l’impression de flotter, plus rien n’existait. Je n’ai jamais ressenti ça avec un seul de mes amants. J’avais l’impression d’avoir quinze ans et c’était magique, pas magique dans le sens « coup de foudre » non, c’était spécial. J’ai déjà été amoureuse…mais avec Karine tout était différent. » L’amour entre femme est différent de l’amour hétérosexuel. Tout est multiplié par cent, tout est ressenti avec plus d’intensité ; elles se « sentent », elles se devinent, elles fusionnent. Empathie, désir, confiance, amour transcendant. Judith « c’est vraiment difficile à expliquer. Ce que j’ai ressenti était tellement intense, tellement fort, et elle était si douce, si avenante. »

Celles qui pourront vivre cet amour là, sentent bien que tout est différent. Certaines après cette expérience retourneront avec des hommes en ayant qu’un seul amour lesbien ; d’autres se morfondront en silence en se demandant ce qu’elles auraient pu vivre si elles avaient eu le courage d’aller jusqu’au bout de leur envie ; d’autres resteront avec leur aimée et couleront des jours heureux ; et celles pour qui l’aventure s’est arrêtée, continueront de papillonner entre les hommes et les femmes. Cependant nous nous rejoignons toutes pour dire que l’amour au féminin est plus intense que l’amour « mixte ». Il se passe quelque chose d’inexplicable. Une force, une puissance, un effet miroir, une impression que l’autre devine tout. Le plus difficile pour ces femmes, c’est de faire leur coming-out. Déjà qu’une sortie du placard est difficile, pire encore lorsqu’on a passé sa vie près d’un homme pire, lorsqu’on a des enfants ou qu’on est mariée. Le mieux c’est d’attendre quelques mois, voir si l’histoire est sérieuse. Et si elle est sérieuse, ne pas cacher son amour, ça risquerait de le détruire. C’est en s’assumant pleinement que les autres finiront par nous accepter tels que nous sommes, même si c’est difficile.

Parfois, il vaut mieux aller au bout de son désir pour ne pas passer à côté d’une belle histoire. Il est vrai que ça peut paraître perturbant de tomber en amour pour une femme surtout si c’est la première fois. Mais qu’importe le genre, qu’importe le sexe, l’essentiel n’est-il pas dans la force des sentiments ?

Par Maryssa Rachel

Cet article a été initialement publié dans le numéro de juin 2016 de Jeanne Magazine. N’oubliez pas qu’en soutenant Jeanne, vous permettez à votre magazine 100% lesbien de continuer à vous proposer 90 pages de contenu exclusif chaque mois !