C’est une œuvre que l’on attendait avec beaucoup d’impatience. Adieu triste amour de Mirion Malle est enfin disponible en librairie depuis le 1er avril dernier. Après C’est comme ça que je disparais, l’autrice revient avec une histoire plus apaisée qui fait l’éloge de la sororité, de la bienveillance et de la communauté quand celle-ci est choisie. Une œuvre tout en subtilité qui bouleverse et qui fait un bien fou. Pour en parler, nous avons rencontré Mirion Malle qui évoque avec nous son adolescence, son expérience joyeuse du lesbianisme et son rapport à la solitude. Extraits de la rencontre publiée dans le numéro 96 de Jeanne Magazine.

Tu dis qu’Adieu triste amour n’aurait sûrement pas existé sans Portrait de la jeune fille en feu et tu fais plusieurs références au film dans la BD. Pourquoi ce film en particulier ? Je suis déjà très fan du travail de Céline Sciamma. Ce film m’a bouleversée. Comme beaucoup de gens, j’ai pleuré 20 minutes dans les toilettes du cinéma après la fin du film. C’est un film très intelligent que j’admire beaucoup. C’est un film sur l’égalité, en fait. L’égalité dans l’amour, l’égalité entre les femmes. J’ai beaucoup écouté Céline Sciamma parler de son rapport à l’écriture et comment on essaye de sortir du conflit pour parler justement d’égalité. Je regarde beaucoup de films, j’aime beaucoup le cinéma et je pense que Portrait de la jeune fille en feu a été un premier pas pour comprendre ce que je cherchais dans des œuvres. Je pense qu’il y a beaucoup de force à avoir un imaginaire joyeux, doux, où on est bien.

C’est pour ça que tu as voulu créer un imaginaire très doux dans Adieu triste amour ? Oui, je me rends compte que c’est ça que je veux. Et notamment pendant la pandémie, j’avais un craving énorme de contenus lesbiens. J’aurais trop aimé être une adolescente lesbienne, même si je sais ce que cela implique. Je me suis rendu compte que je voulais plus tant que ça des films qui parlent d’homophobie, de violence, etc. Ça existe bien sûr. Mais par exemple dans Go Fish, que je cite souvent, il y a des passages où on voit l’homophobie parce que ça fait partie de nos vies mais c’est en marge parce que ce n’est pas que ça. J’ai beaucoup pensé à ça, au fait d’avoir droit à des histoires douces. (…)

Tu dis que tu n’as pas été une adolescente lesbienne. Avec le recul, est-ce que tu as l’impression d’avoir manqué de représentation ? Oui, c’est sûr que ça m’a manqué comme possibilité. Je me rappelle maintenant d’un truc qui est drôle, c’est que dès que je voyais des histoires lesbiennes à l’écran, je pleurais. Je ne pleurais pas pour des histoires gay par exemple. J’étais fan de Tokio Hotel donc on me traitait de lesbienne et de gouine. Je voyais déjà que c’était quelque chose qu’il ne fallait pas être. Au lycée, j’avais des ami.es gay, bi. J’étais dans ce milieu-là mais je voyais l’homophobie à côté. J’entendais des gens qui disaient « ah oui t’es vraiment courageux ». Quand je pense à mes émotions envers les filles quand j’étais plus jeune, c’était beaucoup dans la honte. Ça me fait rire aussi parce que j’ai une histoire très cliché. Je suis en échange scolaire en Finlande, je descends les escaliers, ma correspondante regarde une série et je vois le plus bel homme que j’ai vu de ma vie à la télé. Je le trouve trop beau et là je comprends que c’est Shane qui enlève sa petite veste. J’avais quatorze ans et j’étais vraiment troublée.

Aujourd’hui, tu en parles très ouvertement. J’ai lu Le Génie lesbien et elle [Alice Coffin, ndlr] parle du regret de ne pas avoir été une adolescente lesbienne. J’ai détesté être une femme hétéro de mon adolescence à quand j’ai arrêté. Je sais très bien qu’il y a de l’homophobie qui va avec et je ne veux pas être offensante quand je dis ça. Je n’ai pas vécu ce genre de violence homophobe à part me faire voler mon agenda pour écrire « gouine » dedans. Mais c’est vrai que j’aurais aimé avoir plus de représentation et savoir que c’était quelque chose qui existe. Pour moi, c’est très important d’en parler. Je dis beaucoup le mot lesbienne en entrevue. Aujourd’hui, il y a plein de personnalités publiquement lesbiennes et des fois j’y pense et ça m’émeut trop. Être une ado maintenant et pouvoir crusher ouvertement sur Adèle Haenel, Pomme ou P.R2B, c’est génial. Moi, j’ai plein de théories. Par exemple, sur le fait que les rôles de lesbiennes sont toujours joués par des meufs hétéros pour qu’elles restent accessibles aux hommes. Et pas trop accessibles aux lesbiennes. C’est ma petite théorie du complot (rires). Dans The L Word, Kate Moenning a quand même failli ne pas être engagée parce qu’elle avait l’air trop lesbienne. Mon expérience du lesbianisme est trop joyeuse. J’étais à la soirée de soutien de Violette and Co et je n’arrêtais pas de me dire : « C’est la meilleure chose qui me soit arrivée dans ma vie d’être lesbienne. J’adore être lesbienne, c’est trop bien ».

Dans Adieu triste amour, tu mets beaucoup en avant la sororité et l’importance d’un collectif choisi. C’était important pour toi de mettre ça en opposition à la solidarité masculine toxique que l’on voit dans le chapitre 1 ? Oui, c’était une volonté. Je me sens très bien dans le milieu lesbien. Il n’y a pas de performance, on parle de nous, on ne parle plus d’hommes. Le groupe lesbien, c’est quelque chose d’hyper important pour moi. Je place beaucoup de mon espoir dans la communauté. (…)

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Par Fanny Hubert

Retrouvez notre rencontre avec Mirion Malle en intégralité dans le numéro 96 de Jeanne Magazine.

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