Coup de cœur de la rédaction, nous vous invitons à découvrir Patience mon Amour de Camille Duvelleroy, une série produite par ARTE qui raconte la vie d’un couple de femmes trentenaires qui souhaite avoir un enfant. Que vous soyez actuellement en parcours PMA ou pas, que vous souhaitiez des enfants ou pas, ces 31 épisodes de 2m30 en moyenne se dévorent les uns après les autres. On sourit, on pleure et on espère avec Alice et Gabrielle dans cette série, inspirée de l’histoire vraie de la réalisatrice, où la justesse des émotions transperce à chaque instant et il est fort probable que le visionnage de cette série résonne en vous quel que soit votre parcours de vie…

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous dire comment a débuté l’aventure de Patience mon Amour ? Je suis autrice et réalisatrice d’oeuvres dites « numériques » depuis un peu plus de 10 ans. Je m’intéresse plus particulièrement à toutes les formes d’écriture qui investissent internet comme un espace de création et de diffusion. Les téléphones, les réseaux sociaux, comme Instagram, sont pour moi des espaces à investir avec des histoires. J’ai une obsession : faire entrer des histoires (fiction ou documentaire) dans le quotidien des gens. Les réseaux sociaux sont donc pour moi un formidable espace de jeu. Patience mon amour est né d’abord d’une nécessité. Alors que je traversais moi-même depuis plusieurs mois des tentatives de PMA, j’avais besoin « d’accoucher » de quelque chose. Que tout ce parcours donne une naissance. Et si jamais nous avions un enfant, ce serait aussi, un peu, son histoire. J’ai donc commencé à tenir un journal, sur mon téléphone. J’ai longtemps cherché la forme à donner à ce récit, j’hésitais entre une forme documentaire et une fiction. Quand j’ai compris que la fiction me permettrait de tout montrer (Gabrielle et Alice bravent la loi à plusieurs reprises), j’ai commencé à écrire un premier scénario. Et tout est allé très vite. J’en ai parlé au producteur avec qui je collabore depuis des années, Laurent Duret. Qui en a parlé à ARTE. Qui nous a dit oui. 

Comment avez-vous vécu l’écriture de cette première saison alors que la loi ouvrant la PMA à toutes les femmes en France était en discussion au Parlement ? J’ai commencé l’écriture en 2018, la loi était encore une promesse. Qui ne cessait d’être repoussée. Alors je l’ai vécu comme dans mon projet de PMA : sans attendre. Patience mon amour démarre le 24 mars 2016, je l’ai écrit dans la réalité de ces années « avant la loi » : mes personnages bravent la loi, galèrent à obtenir les ordonnances, payent chaque insémination, font face à de la lesbophobie (mais ça, je ne sais pas si la loi le changera!)… 

Passion, déception, rires, espoir… les deux héroïnes sont traversées par tout un panel d’émotions plus ou moins faciles à gérer mais toutes sont très justement interprétées. Comment avez-vous choisi les actrices pour incarner Alice et Gabrielle ? Déjà, je suis contente que leurs jeux vous aient plu ! C’était hyper important pour moi qu’on ait l’impression d’être avec elles, dans leur intimité, qu’on s’y attache. J’ai été accompagnée par Angélique Luisi, directrice de casting. Je cherchais des comédiennes qui, déjà, avaient l’âge de leur rôle. Ensuite, pour le rôle de Gabrielle, il fallait être capable de passer d’un désespoir sincère à une candeur légère et drôle. Sophie de Fürst a été merveilleuse, à tout le temps proposer, chercher la plus juste émotion. Pour le rôle d’Alice, je cherchais cette alternance d’humour et de raison. Plus cadrée, plus cadrante pour le couple. Isabelle Joly a relevé le défi avec brillo.

Inspiré de votre histoire personnelle, Patience mon Amour, a dû être l’occasion de vous replonger dans ce moment de votre vie. Que retenez-vous aujourd’hui de cette période et quels seraient vos conseils à celles qui songent à se lancer dans ce parcours ? Pour moi, un parcours PMA vient questionner le couple dans son intime, dans sa capacité à affronter l’échec, à se relever, à se faire confiance et à repartir en avant pour une nouvelle tentative. Chacune puise dans sa volonté pour espérer et ça peut être très éprouvant. Il y a une chose que je conseillerais : c’est d’en parler. De parler du projet à a sa famille, ses ami·e·s. De partager ses échecs, ses espoirs, ses fausses couches. Rien ne doit être tabou. Trouver des ami·e·s qui vous écoutent, vous épaulent. Il y a des moments de grande solitude, de profonde détresse alors plus de gens vous entourent, vous soutiennent, mieux c’est.

Vous avez documenté le tournage de la série via un journal de bord publié sur votre site. Un vrai régal à lire pour découvrir l’envers du décor de votre première série. Pouvez-vous nous dire si vous songez à la deuxième saison de Patience mon Amour ? Sans dévoiler la fin de la saison, en tout cas chez Jeanne, on l’attend avec impatience… Ahah !  La grande question. Alors, sans trop en dire sur la fin de la saison 1, c’est vrai que j’aimerais beaucoup écrire une saison 2. 

Que retenez-vous de cette première expérience de réalisation d’une série ? Que j’ai très envie d’en faire d’autres ! J’ai aussi développé un amour inconditionnel pour le format vertical des vidéos. Au début, sur le plateau, l’équipe trouvait vraiment bizarre cette image verticale et puis, au fur et à mesure, quand on tournait en format horizontal (dans plusieurs épisodes, je joue avec les formats), on trouvait ça vieillot… Tout le travail de scénario, en amont, mené avec Dorothée Lachaud a aussi été passionnant. On a beaucoup cherché nos codes d’écriture, le rythme des épisodes, de tout le temps mettre nos personnages dans des situations… Et puis le montage, quel marathon émotionnel ! T’arrives super confiante et tu fais les montagnes russes en voyant les rush. Heureusement, Bérénice, la monteuse, ne perdait pas le cap et on a avancé, doucement, entre tous les plans pour monter nos stories. 

Pouvez-vous nous parler de vos projets pour les mois à venir ? J’écris et mets en scène avec Caroline Melon, Quand ça commence, une expérience immersive autour de l’amour. C’est l’histoire de Léa qui cherche à comprendre quand on tombe amoureuse, pour ne plus jamais tomber amoureuse. On mélange les codes du spectacle vivant avec ceux de l’audiovisuel et plus spécifiquement des narrations sur des téléphones. L’expérience sortira en mars 2022 et sera diffusée par des théâtres. Je réalise aussi une série documentaire en format vertical (donc pour les téléphones) sur les discriminations dans le sport, Ex Aequo. Elle va sortir cet automne. 

Patience mon Amour, disponible en story sur le compte Instagram @arte_asuivre, avec un épisode publié par jour du lundi au vendredi à midi.

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