Deux ans après la sortie de son premier album porté par le titre Ta marinière, Hoshi sera de retour dans les bacs en juin avec son deuxième album Sommeil Levant. Un nouvel opus dont est extrait Amour censure, le titre qu’elle a interprété devant le public de la salle de concert de la Seine Musicale lors des 35è Victoires de la musique. A la fin de sa prestation, la chanteuse de 23 ans, nommée dans la catégorie « Révélation scène » a embrassé une femme, alors que la bande-son diffusait des extraits de propos homophobes. Un acte militant réalisé devant le public de France 2, qui a valu à la jeune femme d’être harcelée et menacée sur internet. Pour Jeanne Magazine, Hoshi nous parle de son album à venir et se livre sur son combat contre l’homophobie et son engagement en faveur de l’égalité des droits. Extrait de la rencontre publiée dans le numéro de mars de Jeanne Magazine.

Après Il suffit d’y croire, ton premier album paru en mars 2018, tu sortiras en juin prochain Sommeil Levant ton deuxième opus. Un album dans lequel tu abordes de nombreux thèmes, comment les as-tu choisis ? Je suis allée les chercher au plus profond de mon cœur, et aussi dans les souvenirs de mon adolescence et de ma jeunesse. C’est un album qui aborde des thèmes plus personnels. J’avais besoin d’écrire quand j’étais sur les routes de ma tournée et je l’ai fait avec la même sincérité que pour le premier album mais de manière plus précise. (…)

Peux-tu nous parler des étapes de création de tes chansons écris-tu avant de composer ou vice versa ? En général, ou du moins sur cet album, j’ai écrit avant mais pas forcément entièrement. J’écrivais un couplet, un refrain et ensuite je commençais à faire la musique sur mon piano. Cet album je l’ai composé au synthé directement sur mon ordinateur. Contrairement à mon premier album que j’ai composé entièrement à la guitare, celui-là est vraiment né de machine et de synthé. Une fois le couplet et le refrain mis en musique, je finissais d’écrire le texte. (…)

Y a-t-il des personnalités qui t’ont particulièrement marquée et qui t’on servi d’exemples ? Je pense, là encore, à Indochine. Ils étaient très ouverts sur le sujet et ils m’ont fait beaucoup de bien. Leur chansons m’ont aidé aussi à mieux me comprendre, je pense à Marilyn, ça m’a permis de me poser des questions.

Tu es implicite dans tes textes sur ton orientation sexuelle, notamment avec Amour Censure. Qu’est-ce qui t’a poussée à t’engager pour l’égalité des droits pour les personnes LGBT et à en parler aussi ouvertement ? C’est assez étrange mais pour cet album, je voulais vraiment montrer celle que je suis, parler de thèmes qui me touchent profondément. Cela va des choses qui me font du bien à des choses plus douloureuses. J’ai été victime de propos et d’actes homophobe par le passé, une fois à l’âge de 14 ans et une seconde fois, un an et demi plus tard. Cela m’a traumatisée. Ce sont des événements que j’ai gardé en moi, je n’avais pas envie d’en parler parce que cela me faisait mal. Comme c’était des événements passés, je pensais que le temps ferait que ça irait mieux, mais en préparant cet album, tout est remonté…

Aujourd’hui, tu t’es clairement impliquée contre l’homophobie et en janvier dernier, alors que le Sénat allait examiner en première lecture le projet de révision des lois bioéthiques, tu as lancé et participé à un rassemblement place des émeutes de Stonewall à Paris, « pour répondre à l’appel de la manifestation contre la PMA sans père et la GPA ». Comment cette idée t’es t-elle venue ? Quelques jours avant, j’avais vu à la télé qu’une manifestation allait être organisée contre l’ouverture de la PMA à toutes les femmes [ndlr: le dimanche 19 janvier, deux jours avant l’examen du projet de révision des lois de bioéthique au Sénat, « Marchons enfants ! », collectif d’associations, composé notamment de la Manif pour tous, Alliance Vita et les Associations familiales catholiques, organisait un rassemblement à Paris pour s’opposer à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules] et j’avais lu aussi tous les commentaires homophobes qui circulaient à ce sujet sur les réseaux sociaux. J’avais constaté aussi le silence de l’Etat vis à vis de tout cela… Et un jour, je me suis réveillée : je ne supportais plus cette situation. (…)

Avec la visibilité que tu montres dans tes textes, à la télé et le fait, comme tu le précises, d’aborder ouvertement le cyber-harcèlement, es-tu consciente d’être un modèle pour les jeunes LGBT ? Au début, j’avais du mal avec ça. Avoir autant de responsabilités et porter toutes les attentes d’une communauté sur mes épaules, ça faisait beaucoup. Je ne peux pas représenter une communauté à moi toute seule et heureusement il existe beaucoup de personnes qui, chaque jour, œuvrent pour faire avancer les choses. En ce qui me concerne, j’essaye de porter mon combat en musique, parce que quand j’étais ado, j’aurais aimé qu’il y ait des artistes qui s’assument un peu plus et qui abordent ce thème sans détour dans leurs titres. (…)

(…)

Sommeil Levant d’Hoshi, dans les bacs en juin 2020 | Photos @Axel Vanhessche

-> Jeanne Magazine n°73 – Mars 2020

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