Rencontre avec l’autrice et scénariste lesbienne Albane Linÿer qui a créé la Bibliothèqueer en 2018. Une réserve d’ouvrages qui est disponible gratuitement à la lecture lors d’événements culturels. Extrait de la rencontre publiée dans le numéro de janvier de Jeanne Magazine.

En juin 2018, vous avez lancé le projet Bibliothèqueer par le biais d’une campagne de financement participatif. Pouvez-vous nous parler du concept original et itinérant qu’est celui de la bibliothèqueer ? L’idée de la Bibliothéqueer est née devant ma propre bibliothèque, quand je me suis dit que l’accès à la culture littéraire queer était encore trop difficile pour que je garde mes livres chez moi pour moi toute seule – et mes potes. J’ai voulu leur donner plus d’espace et de lecteur.ices. Comme la visibilité c’est aussi une question de lieu et de moment, l’itinérance s’est imposée, afin d’installer des coins lectures gratuits à des événements queer et/ou féministes. Que l’accès aux livres soit le plus facile possible. Il fallait quand même ajouter quelques livres pour diversifier les lectures, et c’est là que j’ai lancé la campagne de financement et d’appel à dons de livres, pour pouvoir acheter plus d’ouvrages. Ensuite le Point Éphémère a accepté de nous accueillir sur leur terrasse pendant deux semaines en juin, et on a commencé comme ça. Pour résumer, la Bibliothèqueer c’est une réserve d’ouvrages – une centaine pour l’instant – qui est disponible gratuitement à la lecture lors d’événements culturels. On a aussi une étagère d’emprunt gratuit à Paris, 50 rue des Tournelles (75003) à la Maison des Intiatives Étudiantes, qu’on partage avec la bibliothèque féministe la Féministhèque de l’association Humans for Women. Sur l’étagère on n’a qu’une petite sélection de notre collection, mais on devrait bientôt occuper un espace supplémentaire dans Paris avec tous les autres livres !

Partager et diffuser la culture LGBTQ+ au plus grand nombre, c’était votre idée de départ. Cet objectif a-t-il évolué ou s’est-il étoffé depuis ? Surtout la culture littéraire ! Cela dit on a aussi fait une projection de courts-métrages et de web-séries LGBTQIA+ pendant l’édition au Point Éphémère, j’adorerais pouvoir le refaire. L’objectif est resté le même, mais la forme évolue un peu ! Au départ on devait juste être une bibliothèque itinérante, aujourd’hui on va bientôt avoir une deuxième étagère permanente. C’est génial, parce que ça permet d’emprunter les livres et donc de lire des ouvrages plus longs que ceux qu’on propose pendant des événements d’une journée. On a aussi obtenu le statut d’association. Après on cherche toujours des collaborations diversifiées avec d’autres organisations culturelles, comme des ateliers d’écriture, de broderie autour du texte…

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la littérature LGBT+ et sur la visibilité actuelle des autrices LBT en particulier ? On a beaucoup parlé des relocalisations de la librairie queer parisienne Les Mots à la Bouche, et de la reprise de la librairie lesbienne et féministe Violette & Co. C’est douloureux de voir des institutions changer, mais globalement il me semble que la littérature autour et par les minorités sexuelles et de genre se développe. Les média – surtout en ligne – donnent une vraie visibilités aux autrices LBT, que la sexualité soit ou non le sujet de leur travail d’ailleurs. (…)

Vous avez récemment publié votre premier roman J’ai des idées pour détruire ton égo édité par NiL et vous avez été récemment qualifiée de « bébé-Despentes » par France Culture. Pouvez-vous présenter ce premier roman à nos lectrices ? J’ai des idées pour détruire ton égo, c’est l’aventure de Léonie, cette jeune femme lesbienne de 27 ans complètement à l’ouest, qui décide de retrouver son ex qu’elle n’a pas vue depuis dix ans et dont elle est toujours amoureuse. Au passage elle fait des rencontres, recroise d’autres exs, et est mise face à ses responsabilités, puisque son acolyte de voyage est une petite orpheline de sept ans, Eulalie. Je voulais écrire un roman qui me parle, du coup mes personnages sont presque exclusivement des femmes lesbiennes. Le sujet n’est pas l’homosexualité, c’est surtout l’incompréhension entre les personnes qui se désirent, la place de l’égoïsme dans l’amour et les relations humaines en général, la confiance que l’on porte aux autres et les projections qu’on se fait. (…)

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→ Jeanne Magazine #71 – janvier 2020

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