Le 23 avril 2013, à l’issue de 136 heures et 56 minutes de débats, l’Assemblée nationale adoptait le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples homosexuels en France. Un texte, violemment attaqué par la droite au Parlement et par la Manif pour tous dans la rue, qui fut voté après 7 mois de débats houleux au nom des principes d’égalité et de partage des libertés. Avec la loi du mariage pour tous validée le 17 mai par le Conseil constitutionnel et promulguée le même jour par le président de la République, la France est devenue le 9è pays européen et le 14è pays au monde à autoriser le mariage entre personnes de même sexe.

Les députés ont eu rendez-vous avec l’Histoire le mardi 12 février 2013 en votant le droit au mariage et à l’adoption pour tous par une large majorité (329 voix contre 229). Un texte défendu contre vents et marées pendant les dix jours qu’aura duré l’examen du texte à l’Assemblée nationale par Christiane Taubira, qui a déclaré : « Nous faisons belle oeuvre pour les enfants de ce pays ». Dès son discours introductif, la Garde des Sceaux a montré combien elle mènerait avec force et courage ce projet de loi à son aboutissement final. À la fois poétiques, politiques et historiques, ses discours à la tribune ont été des envolées égalitaires qui n’ont laissé personne indifférent. Citant, par exemple, Léon-Gontran Damas (écrivain, poète et homme politique français) dans Black Label avec Nous les gueux : « Nous les gueux, nous les peu, nous les chiens, nous les rien, nous les maigres, nous les nègres, qu’attendons-nous pour faire les fous, pisser un coup sur cette vie stupide et bête qui nous est faite. », la « combattante de l’humanisme », comme l’a surnommée le président de la commission des Lois Jean-Jacques Urvoas (PS), a contré avec courage et détermination les arguments à teneur homophobe défendus par certains députés de la droite et porté à bout de bras ce projet de loi qui sera définitivement adopté le mardi 23 avril à l’Assemblée nationale par 331 voix pour et 225 voix contre. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, a annoncé le résultat à la tribune : « Après 136 heures et 56 minutes, l’Assemblée a adopté le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe.» Une fois le vote entériné, la droite a quitté l’Hémicycle, alors que Christiane Taubira prenait la parole. Très émue, elle a lancé un message aux adolescents homosexuels, leur demandant de ne pas écouter les messages homophobes : « Si vous êtes pris de désespérance, balayez tout cela, (…) vous n’avez rien à vous reprocher. » Avant de citer Nietzsche pour conclure son discours : « Les vérités tues – celles que l’on tait – deviennent vénéneuses ». Le 17 mai, le Conseil constitutionnel valide l’intégralité de la loi tout en soulignant que le texte ne reconnaît pas un « droit à l’enfant » pour les couples du même sexe, le principe à respecter pour tout agrément d’adoption devant être « l’intérêt de l’enfant » et François Hollande promulgue le jour même la loi qui ouvre de nouveaux droits pour le mariage, l’adoption et la succession, au nom des principes d’égalité et de partage des libertés.